Un week-end à Rome sans Matthias Schoenaerts, une toile avec Matthias Schoenaerts, des claquettes en fourrure rose, un matcha latte avec des wagashi... C’est sympa. Il y a quelques années encore on aurait dit « c’est chouette ». Mais ça c’était hier, la chouette ayant pris un sacré coup dans l’aile.
La mode est au « sympa ». Non, grand dieu, pas le « trop sympa » ni le « juste sympa », pas assez blasés. Juste « sympa », celui, teinté d’ironie, qui dit précisément son contraire.
Tout est « sympa » et souvent, seule l’intonation avec laquelle le mot est jeté permet d’accéder à la signification qu’entend lui donner son auteur. C’est qu’à force de s’immiscer à tort et à travers dans les conversations, le fourbe « sympa » avance masqué et se drape d’ambivalence, d’ambiguïté, voire d’énantiosémie. Aux plus candides d’entre nous, il est donc recommandé de faire preuve de vigilance et de tendre l’oreille pour éviter quiproquos et déconvenues.
Est-ce une manière polie de ne pas livrer son point de vue ou de montrer son enthousiasme? Une forme de paresse intellectuelle qui nous épargne de choisir de vrais mots pour manifester une émotion? L’expression molle d’un désintérêt, un détour élégant pour mettre fin à un échange jugé futile ou inutile? « Sympa » est devenu le double lexical IRL du pouce bleu sur Facebook. Autant émoticoner sur Messenger.
A force de ne pas y mettre du coeur en qualifiant tout de « sympa », notre tiède indifférence envoie lâchement valser jusque le sens premier de ce petit mot, sympathique s’il en est, qui traduit l’inverse de la lâcheté. L’affinité, la bienveillance et la compassion spontanée, ça c’est rectanglement sympa. Et même assez super.
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